Le 304, une transition familiale dans un 4-1/2. 👨👩👧👧
- Johanne Chartrand
- 10 avr.
- 3 min de lecture

Ça y est, mes parents ont repris la vie commune. La vie offrait un nouveau départ à notre petite famille. La 145 étant vendue, on s’est retrouvés dans un 4 1/2 au cœur de St-Eustache — version “reset familial”, sans garantie légale, évidemment.
Le 304 se trouvait tout juste à côté du centre d’achats et, comme c’était un quartier d’appartements, j’avais beaucoup d’amis qui habitaient autour. Même dans le bloc où je vivais, j’ai fait connaissance avec des jeunes de mon âge. Bref, le réseau social existait déjà… mais sans Wi-Fi. La vraie vie.
Je me souviens de cet appart que j’aimais bien. Un vrai mur de brique rouge se trouvait dans la cuisine, la salle à manger et la chambre des maîtres. La salle à manger et le salon étaient séparés par des portes persiennes. L’appart avait un style industriel comme on en voit souvent dans les magazines de déco, sauf que le nôtre était authentique, lui, pas Pinterest. Seuls les rez-de-chaussée avaient ces murs de vrai brique. Les étages au-dessus avaient la même configuration, mais sans le cachet industriel… disons la version “économique”.
L’insonorisation était excellente. Je n’ai jamais entendu de bruit provenant des voisins, ni même des gens qui entraient par l’entrée en façade, là où se trouvait la chambre des maîtres. Ce bloc logeait une piscine intérieure que je n’ai malheureusement jamais utilisée, probablement un des plus grands mystères de mon adolescence. J’ai aimé le temps passé dans cet immeuble. Mes amis habitaient tout près et on se retrouvait souvent aux alentours.
Pendant les chaudes soirées d’été, on se rassemblait à plusieurs pour discuter sur le balcon en façade de l’immeuble. Des locataires s’étaient plaints au concierge. Le pauvre homme a eu droit au plaidoyer de ma mère, qui lui expliqua que, quand ses propres enfants seront ados, il pourra se compter chanceux de les voir discuter entre amis, sans drogue, sans alcool et sans grabuge ! Elle avait raison : pas de substances illicites, juste des jeunes qui aimaient se retrouver ensemble à chiller… et à refaire le monde comme si on avait déjà atteint la maturité et l'expérience.
Malheureusement, la tentative de réparation de mes parents a échoué. Après quelques mois de nouvelle vie commune, ils se sont reséparés, pour de bon cette fois… Ma mère est partie avec ma bénédiction. Je voulais que le calme revienne… pour tout le monde, on en avait besoin.
La vie n’a pas été facile après son départ. Mon père a perdu tous ses repères. Il a erré et sombré dans l’alcool, négligeant même de faire l’épicerie… disons que le frigo faisait plus écho que le salon mais pas autant que mon estomac. Mes années au secondaire en ont souffert.
Ma sœur et moi, on se gardait bien de raconter à maman toutes les misères qu’on vivait. On essayait de préserver un semblant de paix… version « ne marchons pas sur des œufs.»
Je me souviens d’un soir : j’entends frapper à la porte. Je vais ouvrir. C’est un représentant de maison de disques. Il veut nous vendre des vinyles, c’est comme ça qu’on faisait dans les années 70, le Spotify se déplaçait de porte-à-porte! Mais comme j’allais moi-même fouiner dans les magasins de disques, j’avais déjà une belle collection. J’ai donc fait entrer le vendeur, qui est venu s’installer avec mes amis autour de la table. On s’est mis à parler musique, évidemment. Pendant sa visite, mon tourne-disque jouait du Pink Floyd, l’album Meddle / “Echoes” résonnait. Le représentant ne connaissait pas cet album. C'est qu'il avait affaire à des connaisseurs… ça l’a impressionné. On était peut-être jeunes, mais on connaissait la musique. Les années 70 ont été une époque exceptionnel, les groupes et chanteurs avaient chacun leur style, une mer de talents tous aussi bons les uns que les autres; Bowie, Supertramp, Heart, Rolling Stone, Queen, Pink Floyd, Led Zeppelin, etc. Et du côté québécois; Autre Chose, Harmonium, Offenbach, Octobre, etc. Du style et de la variété a en plus finir! Ha la musique, elle m'a soutenue tout au long de ces années.
Mais encore un logement que l’on n’a pas habité longtemps. Après la deuxième séparation, mon père a acheté un plex. Ma mère elle, révisait ses intentions. Elle avait des décisions à prendre pour se refaire une vie. Que de stress et d'incertitudes qu'elle a dû vivre.
Le 285 fut notre prochaine adresse… et une autre histoire à raconter.




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