Déménager ma mère en résidence
- Johanne Chartrand
- 6 mars 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 29 juil. 2022

Avant même de parler à ma mère de mes inquiétudes face à son quotidien, je me suis renseignée sur les options qui s’offraient à elle. Elle avait un dossier au CLSC mais la travailleuse sociale ne reconnaissait pas les besoins d’une personne de 91 ans… Dans ces circonstances, je devais absolument offrir plus de sécurité à ma mère.
Ma sœur et moi faisions ses épiceries à tour de rôle. Cela implique de se rendre sur place pour faire un inventaire des articles et des aliments qui doivent être achetés. En même temps, on s’occupait des tâches ménagères. Ma sœur l’accompagnait lors des rendez-vous médicaux, elle s’occupait aussi de tous les aspects « administratifs » comme les impôts, les factures, etc. Moi, je restais avec ma mère lors de mes visites pour lui préparer un bon repas que j’aimais bien partager avec elle.
La réticence et le déni
Je m’attendais à une réticence de sa part lorsque viendrait le temps de la relocaliser. C’est une réaction tout à fait normal. Je devais l’amener en douceur à voir la réalité qu’elle vivait et ce n’est pas chose facile. Elle adorait son logement et l’endroit où elle vivait mais aucun service n’était offert.
J’ai profité d’une journée «portes ouvertes» pour visiter un complexe pour aînés dans son quartier. Je me disais qu’au moins, elle serait dans son milieux et en pays de connaissances. Effectivement, plusieurs personnes qu’elle connaissait y habitaient. Je voulais qu’elle ait une vie sociale et ça me semblait être l’endroit idéal.
Ce qui m’importait le plus était qu’une infirmerie 24/7 s’y trouvait et qu’un système d’alerte était disponible. Elle pouvait s’offrir d’autres services «à la carte» si elle le désirait comme; la livraison de repas, l’entretien ménager plus fréquent, l’aide aux soins personnels, etc. J’ai donc pris rendez-vous pour faire une visite accompagné de ma mère et ma sœur.
Faire face au changement
Même si elle ne reconnaissait pas ses besoins, elle a quand-même accepté de faire une visite. Dès notre arrivée à la réception, les résidents semblaient heureux, leur sourire en disait long sur leur bien-être. L’ambiance était chaleureuse et sympathique.
L’agente de location nous fait voir quelques unités. Malheureusement, ma mère ne se voyait pas aménager dans plus petit. Bien qu’elle n’avait plus besoin d’autant d’espace, le seul fait de se départir de plusieurs de ses biens la rebutait. Sans s’en rendre compte, on s’attache à notre environnement, il nous sert aussi de repère. Et les repères sont fragiles mais nécessaires à cet âge-là.
Faire preuve de compassion
Le changement ne s’est pas fait rapidement. L’idée devait faire son chemin. Laisser le temps à ma mère de se voir ailleurs pour ne pas la brusquer. Lui faire prendre conscience de tous les avantages qu’elle gagnerait en déménageant, une salle de bain adaptée, l’infirmerie, des entrées laveuse/sécheuse et pas de seuil de portes à franchir pour avoir accès au balcon. Des loisirs et des activités prévues au calendrier et plus encore.
Quelques mois ont été nécessaires pour qu’elle s’ouvre au changement. Elle devait nous aider à l’aider. La rassurer en lui disant que nos actions étaient pour son bien-être et sa sécurité. Qu’on agissait par amour et bonté. Sa confiance à pris le dessus sur son anxiété.
Le jour J
Une bonne préparation se fait longtemps d’avance. Puisque le nouvel appartement est plus compact, le choix des meubles doit se faire en conséquence. «Il faut voyager léger» comme je lui disais souvent à la blague. Maman était fière de son décor. L’essentiel, pas de superflu ni dans les meubles ni dans les vêtements. C’est un deuil à faire de ce qui nous entoure. Une étape à la fois.
J’étais fière du travail qu’on a fait ma sœur et moi. On a réussi à garder les choses auxquels elle tenait le plus et à les disposer de façon pratique et décorative.
L’accompagnement
Évidemment, le travail ne se limite pas au déménagement. L’adaptation doit se faire doucement. On a augmenter les visites et les appels téléphoniques ma sœur et moi. J’ai remarqué qu’elle avait de la difficulté à trouver ses effets personnels au début. Elle était désorientée. Ses repères n’étaient plus les mêmes. Pour l’aider, j’ai identifié toutes ses portes et tiroirs. J’ai utilisé des pictogrammes. Elle les appréciait beaucoup. Elle ne se «cherchait plus » depuis qu’elle avait ces repères visuels. J’avais même indiqué de quel côté se trouvait la sortie de secours et l’ascenseur.
Ces simples pictogrammes l’ont aider dans son quotidien et comme c’était moi qui les avait fabriqué elle y tenait beaucoup, ils avaient un petit quelque chose qu’elle affectionnait particulièrement.
La fin…
Maman nous a quitté en mai 2020. La pandémie ne nous a pas facilité la vie. Mais j’aime penser qu’elle appréciait la sécurité de l'endroit. Elle a pu faire appel aux infirmières qui ont répondu dans les minutes qui ont suivi grâce au médaillon qu’elle portait dans son cou.
Prendre soin d’elle m’a préparé à ma propre vieillesse. Je sais ce qui m’attends et je m’y prépare. Je suis plutôt sereine face à cette étape. J’ai plus d’outils que maman en avait. Je suis en paix avec la décision que j’ai prise et je sais qu’elle comprenait mes démarches. Quand les décisions sont prises avec le cœur, le doute s’efface.




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